18 Juillet 2026
À Bordeaux, un chantier aussi discret qu'ambitieux est en train de transformer le pont François-Mitterrand. Suspendue sous le tablier de l'ouvrage autoroutier, une nouvelle passerelle dédiée aux piétons et aux cyclistes verra le jour à l'automne 2026. Pensée pour faciliter les déplacements du quotidien tout en offrant une expérience inédite au-dessus de la Garonne, cette réalisation constitue l'un des projets majeurs de Bordeaux Métropole en matière de mobilités douces.
Le pont François-Mitterrand, inauguré en 1993 pour achever la rocade bordelaise, accueille chaque jour près de 140 000 véhicules. Depuis la suppression de la piste cyclable en 2018, lors de l'élargissement de la rocade à 2×3 voies, les cyclistes devaient effectuer un important détour par le pont Saint-Jean pour traverser la Garonne.
La future passerelle rétablira cette liaison stratégique entre Bègles et Bouliac. Longue de 642 mètres et large de 3 mètres, elle sera installée en encorbellement, c'est-à-dire fixée à l'extérieur et sous le tablier du pont, côté amont.
Cette implantation présente plusieurs avantages : les usagers seront protégés du vent, de la pluie et des projections provenant de la circulation automobile tout en profitant d'une vue totalement nouvelle sur la Garonne et l'île d'Arcins.
Au-delà de son caractère spectaculaire, la passerelle répond à un véritable enjeu de mobilité.
Elle assurera la connexion entre plusieurs itinéraires du Réseau Vélo Express (ReVE) de Bordeaux Métropole. Sur la rive gauche, elle reliera les axes cyclables en direction de Bègles, Villenave-d'Ornon et Saint-Louis-de-Montferrand. Sur la rive droite, elle permettra notamment de rejoindre la piste cyclable Roger-Lapébie vers l'Entre-deux-Mers.
L'objectif est de favoriser la multimodalité en facilitant l'accès à la ligne C du tramway, à la gare de Bègles ainsi qu'aux communes des Portes de l'Entre-deux-Mers.
Cette infrastructure s'inscrit dans l'ambition de Bordeaux Métropole de développer un réseau cyclable continu, sécurisé et performant afin de porter la part des déplacements à vélo à 18 % d'ici 2030.
Construire une passerelle sous un pont autoroutier en exploitation représente un véritable défi d'ingénierie.
Les équipes doivent intervenir au-dessus de la Garonne tout en maintenant la circulation sur l'un des axes les plus fréquentés de Nouvelle-Aquitaine. Afin d'éviter toute perturbation majeure, des méthodes de construction spécifiques ont été développées.
Les travaux sont réalisés depuis le tablier du pont grâce à des nacelles circulant sur un monorail spécialement installé sous l'ouvrage. Au préalable, le pont a été renforcé afin de supporter les nouvelles charges.
La structure reposera notamment sur 91 consoles métalliques pesant environ 3 tonnes chacune, destinées à recevoir des dalles en béton fibré de huit mètres de long.
Le projet illustre la capacité à réaliser un ouvrage d'art complexe dans un environnement à la fois urbain, fluvial et fortement circulé.
Au-delà de son rôle fonctionnel, la passerelle a été pensée comme un véritable parcours de découverte.
Deux belvédères intermédiaires, pouvant accueillir jusqu'à cinq personnes chacun, offriront des points de vue privilégiés sur la Garonne et l'île d'Arcins.
Le revêtement sera constitué d'une résine antidérapante, bordée de garde-corps métalliques avec une main courante en bois. L'éclairage, intégré directement dans la corniche, mettra discrètement en valeur l'ouvrage tout en limitant la pollution lumineuse.
Les concepteurs ont également privilégié une architecture sobre qui s'intègre au pont existant. Les nouvelles structures reprennent le rythme du béton de l'ouvrage d'origine tout en utilisant des solutions bas carbone et résilientes.
La passerelle sera accessible à tous grâce à des pentes limitées à 4 % et pourra, si nécessaire, être empruntée par des véhicules de secours.
Le coût de l'opération atteint 11,8 millions d'euros.
Le financement est assuré à parts égales par l'État et Bordeaux Métropole, grâce notamment aux crédits restant disponibles après les travaux d'élargissement de la rocade.
La conception a été confiée au groupement composé de MOG Architectes, Setec et Eiffage, chargé de réaliser cet ouvrage particulièrement innovant.
Article mis en ligne le 18 juillet 2026