10 Août 2026
Longtemps annoncé comme l’un des grands projets de transformation de la rive droite bordelaise, le projet de Brazzaligne entre aujourd’hui dans une nouvelle phase. Cette ancienne emprise ferroviaire doit progressivement devenir une grande promenade paysagère reliant Bordeaux Brazza, Cenon et Lormont, tout en conservant les traces de son passé industriel
La Brazzaligne s'étend sur plus de 3 kilomètres, entre la Garonne et l’avenue Thiers, sur une emprise d’environ 10 hectares. L’ancienne infrastructure ferroviaire est aujourd’hui largement désaffectée, même si elle conserve une activité de fret très limitée : Bordeaux Métropole indique qu’une trentaine de trains de marchandises circulent encore chaque année, soit environ un train par semaine, notamment pour desservir les Grands Moulins de Paris.
L’objectif n’est donc pas simplement de supprimer une ancienne voie ferrée. Le projet prévoit au contraire de réutiliser l’existant, en conservant notamment les rails, les ballasts et les traverses. Cette approche permet de préserver la mémoire industrielle du site tout en limitant les interventions et les coûts.
Comme l’explique Ingérop, le projet doit progressivement transformer cette infrastructure en un espace public paysager destiné notamment aux modes actifs et aux transports collectifs, tout en restant compatible avec une éventuelle reprise de l’exploitation ferroviaire.
La Brazzaligne doit devenir bien davantage qu’une simple promenade. Bordeaux Métropole souhaite en faire une véritable couture paysagère et sociale entre les différents quartiers de la rive droite.
L’idée est de reconnecter des secteurs aujourd’hui séparés par les infrastructures ferroviaires et routières, tout en accompagnant les importantes transformations urbaines de Brazza, Bastide et Lormont.
Le futur espace doit ainsi combiner végétation, promenade, mobilités douces et transports collectifs. Il doit également permettre de créer de nouveaux lieux de vie et de relier les différents projets urbains traversés par cette ancienne voie ferrée.
La Ville de Cenon présente ainsi la Brazzaligne comme une véritable « épine dorsale » destinée à connecter les anciens et les nouveaux quartiers de la rive droite sur un linéaire vert d’environ 10 hectares.
À Cenon, la place de la Demi-Lune constitue déjà l’un des premiers visages de la future Brazzaligne.
Réaménagée et inaugurée en septembre 2023, elle a été conçue comme un prototype permettant d’expérimenter certains éléments qui pourront être repris le long du futur parcours. La ville y a notamment intégré des espaces de détente, des équipements sportifs et des jeux pour enfants.
La Ville de Cenon rappelle que cette place constitue le point d’ancrage du projet et qu’elle doit jouer un rôle important dans la vie du quartier.
Le site comprend notamment des espaces végétalisés, des équipements de fitness, des aires de jeux, trois boulodromes, des tables de ping-pong, une zone de convivialité et un théâtre de verdure. La nouvelle configuration doit également offrir davantage de fraîcheur et renforcer la présence de la nature en ville.
L’un des éléments particulièrement intéressants du projet concerne également l’éclairage. À Cenon, l’éclairage photovoltaïque est installé en utilisant les anciens caténaires ferroviaires. Une manière de conserver certains éléments de l’histoire du site tout en leur donnant une nouvelle fonction.
La Brazzaligne doit permettre de développer les déplacements à pied et à vélo sur la rive droite. Bordeaux Métropole prévoit un espace public combinant nature, paysage, mobilités douces et transports collectifs.
Cette dimension prend une importance particulière dans un secteur où les quartiers connaissent une forte évolution urbaine. La Brazzaligne doit accompagner ces transformations en offrant un axe de déplacement différent des grandes voies routières.
Dans le quartier Brazza, elle doit notamment constituer l’un des grands espaces végétalisés traversant le secteur. Le projet urbain prévoit ainsi de renforcer les continuités piétonnes et cyclables autour de cette ancienne infrastructure ferroviaire.
L’un des aspects les plus originaux du projet réside dans sa volonté de faire avec l’existant.
Plutôt que d’effacer complètement les anciennes infrastructures ferroviaires, le projet cherche à les intégrer au futur paysage. Rails, traverses et ballast doivent ainsi participer à l’identité du nouvel espace public.
Cette approche est également liée aux contraintes techniques du site. Une partie de la voie ferrée reste utilisée pour le fret et le projet doit donc pouvoir cohabiter avec cette activité. Ingérop souligne d’ailleurs que les aménagements sont pensés de manière réversible afin de permettre, si nécessaire, un retour à une exploitation ferroviaire.
Selon les informations publiées par Bordeaux Métropole, le montant des dépenses prévu au programme pluriannuel d’investissement s’élève à 6 millions d’euros TTC.
Le projet bénéficie également d’un soutien de l’État dans le cadre du programme ÉcoCité 2, à hauteur de 690 000 euros, destiné notamment à accompagner les dimensions innovantes du projet.
La maîtrise d’ouvrage est assurée par Bordeaux Métropole et les villes de Bordeaux, Cenon et Lormont. Le paysagiste Bas Smets participe à la conception du projet, avec plusieurs équipes spécialisées dans l’ingénierie, l’environnement et l’écologie. La SNCF reste propriétaire de l’emprise ferroviaire.
C’est probablement l’une des informations les plus importantes concernant la Brazzaligne.
Dans sa mise à jour du 10 février 2026, Bordeaux Métropole indique que les études pré-opérationnelles et les autorisations SNCF étaient prévues en 2025 et que le début des travaux d’aménagement est prévu en 2026.
Cette information donne une nouvelle perspective au projet, après plusieurs années d’études et d’expérimentations.
Mais le calendrier doit être regardé avec prudence. Le projet est prévu par phases et doit composer avec les contraintes foncières, ferroviaires, techniques et financières. Ingérop explique notamment que le phasage doit permettre d’accompagner progressivement les opérations immobilières situées autour de la future promenade.
La question de l’avenir de la Brazzaligne a également été posée directement aux élus lors du Conseil de quartier de la Bastide du 15 juin 2026, organisé au parvis des Archives métropolitaines et auquel 220 personnes ont participé.
Lors des échanges, un habitant de Brazza a notamment évoqué les difficultés de circulation dans le quartier, les flux automobiles importants et le manque d’aménagements pour les mobilités douces. Il a demandé où en étaient les différents projets de mobilité concernant Brazza, parmi lesquels la Brazzaligne.
Thomas Cazenave a reconnu les difficultés du secteur, notamment autour du pont Chaban-Delmas, et la nécessité de mieux répartir l’espace entre voitures, vélos, transports collectifs et piétons.
Le maire de Bordeaux a toutefois rappelé que les contraintes financières obligent désormais à établir des priorités entre les différents projets.
Concernant la Brazzaligne, Marc Lafosse, maire adjoint du quartier Bordeaux Bastide, a apporté une réponse particulièrement intéressante : « Elle progresse progressivement. »
Cette déclaration ne constitue donc pas l’annonce d’un abandon du projet. Elle confirme plutôt une progression par étapes, dans un contexte financier contraint. Aucun calendrier précis de livraison ou de mise en service n’a toutefois été annoncé lors de cette réunion.
La future promenade doit également être replacée dans un ensemble beaucoup plus vaste de transformations de la rive droite.
À Brazza, les nouveaux logements et équipements se développent autour d’un quartier qui cherche lui aussi à renforcer la place de la nature et des mobilités douces. À Cenon et Lormont, d’autres opérations urbaines viennent progressivement modifier le paysage.
La Brazzaligne pourrait ainsi devenir l’un des éléments structurants permettant de relier ces différents projets.
Elle devra également composer avec les réflexions actuellement menées sur les futurs franchissements de la Garonne et l’évolution du réseau de transports en commun. C’est notamment pour cette raison que son évolution est à suivre parallèlement aux autres projets de mobilité de la rive droite.
Le projet est présenté en détail par Bordeaux Métropole, qui précise notamment son calendrier, son budget et les objectifs d’aménagement. La Ville de Cenon détaille quant à elle le projet dans le Bas-Cenon et le rôle joué par la place de la Demi-Lune comme espace d’expérimentation. Le projet d’aménagement est également documenté par Ingérop, tandis que 20 Minutes et Sud Ouest ont suivi les différentes étapes de ce projet.
Article mis en ligne le 10 août 2026